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TRIBUNE

Dans cette tribune, Jérémie Yisso Bationo, estime que pour lutter contre le terrorisme au Burkina, il faut privilégier l’option de forces spéciales aux opérations d’envergure.

Le 13 septembre, les policiers du commissariat de Djibo, dans le Soum abandonnaient leur poste ; livrant  du même coup  les populations à leur triste sort. Pendant que la Direction Générale de la Police Nationale évoquait un « repli tactique » d’une dizaine de policiers, le syndicat de la police, l’UNAPOL, lui, dénonçait «le mauvais équipement des policiers dans les zones de guerre » du fait de  l’intransigeance d’une « hiérarchie militaire d’une autre époque ». 

A quoi riment ces querelles de corps pendant qu’il y a péril en la demeure?! La situation est loin  d’être anecdotique. Elle interpelle sur l‘urgence pour le Burkina Faso de se doter d’une stratégie cohérente de lutte anti-terroriste à travers laquelle le primat serait donnée aux forces spéciales avec un appui tactique des forces conventionnelles. La nature de la menace est telle que les hommes  au front ne peuvent se payer le luxe de se regarder en chiens de faïence ou de dévoiler des secrets défense à l’ennemi qui n’en demandait pas mieux. 

Les forces de défense et de sécurité au Burkina Faso évoluent dans un cadre juridique qui définit clairement les tâches et les responsabilités de chacune d’elles. Selon l’article 36 de la Constitution du 2 juin 1991, « le Président du Faso est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l’État, du respect des accords et des traités ». Selon l’article 52, il est le chef suprême des armées. A ce titre, il préside le Conseil supérieur de la défense. Il nomme le chef d’état-major des armées. Le Premier ministre, qui est le chef du gouvernement, est aux termes de l’article 63 de la Constitution, « responsable de l’exécution de la politique de défense nationale définie par le Président du Faso ». Le Premier ministre fait partie des autorités habilitées à demander, à travers une réquisition adressée à l’état-major des forces armées, l’intervention des forces de la 3ème catégorie dans le maintien de l’ordre public. Créée au lendemain de l’indépendance et relevant du ministère de la Défense, le 1er novembre 1961, l’armée est chargée de la défense du territoire national. Cependant, de manière conjoncturelle, les militaires, en dehors de la gendarmerie, interviennent dans le maintien de l’ordre en tant que force de troisième catégorie. Dans ce cas, l’armée constitue une force de complément dont l’intervention se fonde soit sur une réquisition, soit sur une demande de concours aux forces de sécurité publique pour lutter efficacement contre le grand banditisme et la criminalité frontalière. Par ailleurs, les défis actuels de sécurité amènent actuellement les militaires à s’investir dans la sécurité intérieure dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Au Burkina Faso, la gendarmerie est une force à statut militaire chargée de missions de police mais qui, en cas d’état de siège ou de guerre, participe à la défense du territoire sous l’autorité du chef d’état-major général des armées. La sécurité intérieure relève de la défense civile. Elle a  pour objet d’assurer la protection permanente des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national, de veiller à la sûreté des institutions de l’État, de veiller au respect des lois et au maintien de la paix et de l’ordre publics. Les forces de police et de gendarmerie, les sapeurs pompiers et les autres corps paramilitaires interviennent de manière permanente en matière de sécurité intérieure. 

Une armée politisée à outrance sous Blaise Compaoré

Sous Blaise Compaoré, les missions de l’armée ont été par moment dévoyées et l’armée elle même politisée à outrance. C’est ainsi que certains officiers ont été arbitrairement promus au grade de général. Mais aujourd’hui encore, les divisions entre partisans et détracteurs du régime déchu au sein des forces de défense et de sécurité semblent persister. La dissolution, en 2015, du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), « armée dans l’armée » au service de Blaise Compaoré,  est une pilule que beaucoup n’arrivent toujours pas à avaler. Le Groupement de sécurité et protection républicaine (GSPR) est né sous les cendres du RSP pour assurer la sécurité du Président du Faso. Cette nouvelle unité hybride est composée d’éléments de l’armée de terre, de la gendarmerie et de la police. Le GSPR n’est pas sans poser quelques difficultés du fait de son caractère mixte. Ses éléments étant issus de corps différents et n’étant pas régis par les mêmes statuts, la cohésion de cette nouvelle unité n’est pas aisée à construire. 

Le Président Roch Kaboré a hérité d’une armée sous équipée, habituée aux douceurs des bureaux et des casernes et traversée par une fracture entre jeunes officiers et hauts gradés. Cette tension latente s’est manifestée lors du putsch manqué de septembre 2015 au cours duquel ces jeunes officiers ont pris l’initiative, face à l’inaction de la hiérarchie militaire, de mener la résistance contre le RSP. Le coup d’État de septembre 2015 a accentué le clivage générationnel entre jeunes militaires, dont les aspirations sont proches de celles du peuple, et une hiérarchie qu’ils considèrent comme embourgeoisée, attachée à ses privilèges et souvent proche de l’ancien régime. La reforme des forces armées nationales enclenchée il y a quelques années, peine encore à se matérialiser. Avec la recrudescence des attaques terroristes, le Burkina Faso se trouve dans une situation critique. Comment mener et gagner  la lutte avec des hommes qui n’y avaient pas été particulièrement préparés ? Sans solution claire, l’armée a été engagée dans la lutte anti-terroriste. Est-ce là son travail quand on sait que sa mission première et régalienne c’est de défendre le pays contre tout ennemi extérieur clairement identifié ?  Dans la lutte contre le terrorisme,  il n y a pas de front de combat car l’ennemi est invisible. C’est pour cette raison que l’on parle de guerre asymétrique. Ces dernières années, la conflictualité a évolué. Les terroristes sortent de leur sanctuaire le temps de frapper un objectif, puis, très vite, y retournent. Il faut avoir le même cycle de décision, ainsi que des forces très agiles. Les hommes doivent disposer de renseignements fiables  et d’une bonne évaluation de la menace afin de pouvoir facilement repérer les individus dangereux qui, pour perpétrer leurs attaques, se fondent souvent dans la population. La mission est de les trouver et de les contester dans leur zone d'impunité à partir de laquelle  ils préparent leurs actions. L'utilisation de la puissance a complètement évolué. L'armée qui a la  plus grande puissance de feu  a toutes les chances de l’emporter en cas de confrontation directe.  Mais les mouvements terroristes ne sont pas du tout dans ce registre. Ils ne cherchent pas à s'opposer en puissance. Ils cherchent la déstabilisation. Grâce à leur fluidité, leur fulgurance et leur ubiquité, les forces spéciales sont donc bien adaptées aux menaces émergentes, en nombre croissant, qui sont extrêmement furtives. Mais elles ne peuvent pas le faire seules. Pour agir, elles ont besoin de l'appui des autres forces, dites conventionnelles, de l'armée de terre et de l'armée de l'air. Il faut les voir au milieu d'un tout.

Forces spéciales ou l’efficacité dans la discrétion

Tous les grands pays ont leurs unités d’élite capables d’intervenir dans des conditions extrêmes. Ces soldats triés sur le volet, soumis à des formations et des entraînements surhumains, ont pour mission le contre-terrorisme, la libération d’otages ou les actions commando. Le Special Air Service Britannique s’est largement illustré pendant la Seconde Guerre mondiale contre les troupes allemandes avec sa devise "Qui ose gagne". Le SAS a inspiré la France pour ses Forces spéciales. En France, depuis 2014, l’effectif des forces spéciales a augmenté d'un millier pour atteindre 4 000 hommes. Ces soldats ont d'abord fait leurs armes dans des unités conventionnelles avant de tenter la sélection drastique des forces spéciales.  Ces hommes triés sur le volet sont prêts à intervenir partout et en tout  temps. Ces soldats de l’ombre interviennent le plus souvent dans l’anonymat. Leurs  unités existent au sein des trois composantes de l’armée (air, mer, terre) et constituent aujourd’hui un maillon essentiel de la puissance militaire du pays.  Leurs missions permettent des succès tactiques au service de grands objectifs stratégiques. Le commando Hubert est une unité d’élite. Deux hommes de cette formation des forces spéciales françaises sont morts le 10 mai 2019, en libérant des otages au Burkina Faso qui avaient été enlevés au Benin. Cette unité de marine est la spécialiste des interventions les plus dangereuses. Aux Etats Unis, les Navy SEALs font partie de la demi-douzaine d'unités d’élite américaines. Le sigle SEAL signifiant "mer, air et terre". Principale force spéciale de la marine de guerre américaine, elle date de 1962 et compte environ 2 000 soldats. Elle nécessite un an de formation agrémentée d’épreuves particulièrement intenses qui mettent à rude épreuve le physique et le moral. "La seule journée facile c’était hier". Telle est la devise de ces hommes. Déployés au Vietnam, dans le Golfe, en Afghanistan ou en Irak, ce sont eux qui ont traqué et éliminé Ben Laden dans la nuit du 1er au 2 mai 2011 à Abbottabad au Pakistan. La Shayetet 13 ou S’13,  est l'unité de commando d’élite navale israélienne. Contre-terrorisme, sabotage, collecte de renseignements maritimes ou encore exfiltration d’otages, sont ses principaux domaines d’intervention. En Russie, le corps d'élite des "Spetsnaz" a été mis en place en 1950. Ce sont les unités spéciales de la Direction générale du renseignement, le GRU. Elles sont les yeux et les oreilles de l’armée de terre russe. Opérationnelles dans le monde entier avec comme seul mot d’ordre : efficacité maximale par n’importe quel moyen. Ce corps d’élite a été mis en place pendant la guerre froide, avec des entraînements hors norme. 02 candidats sur 10 seulement arrivent au bout du processus de sélection. Outre les capacités de combat au corps à corps, le sabotage ou l’étude des langues étrangères sont enseignés chez les "Spetsnaz".

En matière de lutte contre le terrorisme, le Burkina Faso dispose du Groupement des Forces Antiterroristes (GFAT). Cette unité opérationnelle interarmées temporaire a été créée par décret présidentiel le 30 novembre 2012 avec pour missions entre autres de renseigner sur toute présence ou activité terroriste ou criminelle sur le sol burkinabè, de protéger la frontière, les populations et les installations sensibles contre toute menace terroriste. Le Groupement est composé d’éléments de la 1re Région Militaire, d’éléments du 25ème RPC, Régiment de Parachutiste Commando de Bobo-Dioulasso et de quelques éléments des autres régions militaires. Le GFAT comprend une structure de commandement ainsi que des unités d’intervention, d’appui et de soutien. La police nationale dispose aussi d’une unité d’élite d’intervention et de répression dénommée Unité d’intervention polyvalente de la police nationale (UIP-PN). Les missions assignées à cette unité sont entre autres la lutte contre le terrorisme et les prises d’otage, l’appui aux polices urbaines et spéciales en situation de troubles graves à l’ordre public, la lutte contre le grand banditisme et toute autre mission à elle confiée. A un autre niveau, on retrouve l’Unité spéciale d’intervention de la gendarmerie nationale (USIGN). Cette unité a été créée à l’image du Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) en France. Elle est spécialisée dans la lutte contre le terrorisme, la libération d'otages, la lutte contre le grand banditisme, la protection de Hautes personnalités en temps de crise, la protection particulière de personnes désignées par la Justice ou la hiérarchie, l'observation, la recherche et  l’interpellation d’individus « dangereux ». Ces hommes ont été particulièrement efficaces dans la neutralisation des terroristes ayant  attaqué l’hôtel splendide en janvier 2016. En matière de lutte contre le terrorisme, pour efficaces qu’elles soient, les opérations militaires d’envergure ne peuvent s’inscrire dans la durée. Otapuanu et Doofu ont fait et font toujours leurs preuves. Mais pendant combien de temps les hommes pourront-ils tenir quand on sait que la menace n’est pas circonscrire seulement aux régions de l’Est et du Centre Nord ?

Dans un tel contexte, il faut  fédérer les différentes intelligences pour plus d’efficacité. Il ne s’agit pas de créer un monstre à l’image du RSP mais une unité d’élite qui permettra de décapiter l’hydre terroriste. Il faut des petits groupes autonomes de combattants hors pair, capables d’intervenir en moins de 15 minutes, partout au Burkina Faso, comme de rester en opérations mobiles sur le terrain pendant plusieurs jours s’il le faut. Un entrainement et des équipements spécifiques sont donc nécessaires. Maintenant que tout se sait facilement, et que les terroristes ont des yeux et des oreilles mais surtout des complices qui leur permettent de détecter les mouvements de l’armée, l’infiltration discrète des combattants des forces spéciales est indispensable. Elles peuvent agir selon sur 05 axes névralgiques : l’attaque, la prise d’initiative, la traque permanente, la prise de mesures efficientes et le déploiement d’équipes appropriées avec des éléments légers (motos, JEEP,…) Le succès des forces spéciales vient de la confidentialité de leurs missions. L’Agence Nationale de Renseignements (ANR)  fait déjà un travail méthodique en matière de renseignement opérationnel. Sur la base des différents rapports extrêmement précis qui sont produits,  les unités spéciales peuvent se déployer sur le théâtre des opérations avec des effectifs réduits pour surprendre l’ennemi là où il se croit retranché. Ces forces doivent par moment adopter le même mode opératoire que les terroristes en se fondant dans la population. Lorsque l’armée est déployée avec des chars et de l’armement lourd,  les mouvements des troupes sont visibles. Avec les complicités locales,  les hommes peuvent facilement  être attaqués par des groupes terroristes car constamment exposés.  Aujourd’hui, la réponse appropriée au terrorisme réside dans les unités spéciales, le renseignement et l’organisation de la résistance populaire. A ce sujet, il ne serait pas contre indiqué de doter l’ANR du colonel-major François Ouédraogo d’une unité spéciale qui pourra exploiter judicieusement les différents renseignements pour démanteler les groupes terroristes et leurs suppôts. Il ne faut pas se leurrer.  La solution est interne. Nul ne viendra se battre à notre place. Les Français l’ont rappelé aux autorités burkinabè la semaine dernière. Il urge donc de mettre à jour la  politique nationale de défense et de sécurité. Le dispositif actuel est désuet et inadapté au nouveau contexte politico-sécuritaire. La maison brûle. Trêve de bavardage. Il faut aller au charbon. Il n y a plus de temps à perdre. 

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant chercheur

Ouagadougou

 

 

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