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Burkina: le budget de l’Etat gestion 2020 se chiffre en recette à 2 233,316 milliards FCFA et en dépenses à 2 518,456 milliards FCFA 

TRIBUNE

Abdoul Karim Saidou, enseignant-chercheur, à I'Université Ouaga 2 et Chargé de Programme à Institut général garango- s'interroge sur les avantages et les inconvenoents de l'état d'urgence décrété ce 31 décembre par le conseil extraordinaire des ministres dans certaines provinces du pays. 

«C’est la question qu’on pourrait se poser suite à la décision du Conseil des ministres de ce 31 décembre. C’est une mesure hautement salutaire vu la dégradation de la situation sécuritaire ; elle offre des ressources juridiques aux forces de sécurité pour accomplir leur mission.

Comme le Niger, qui a été obligé de le faire dans plusieurs localités affectées par le terrorisme, le Burkina Faso ne pouvait pas y échapper.

Au plan juridique, l’état d’urgence est une des rares mesures exceptionnelles prises par le gouvernement burkinabè face au défi terroriste. Elle est suffisamment grave de conséquence pour lever le doute quant à la volonté politique de concevoir des réponses énergiques face au terrorisme.

Cependant, de par les restrictions de libertés individuelles et collectives que l’état d’urgence implique, on peut se demander si cette mesure produira les effets attendus. En effet, avec des forces de sécurité mal préparées à la guérilla et une mesure juridique (état d’urgence) aux contours encore vagues, il n’est pas à exclure des impacts contre-productifs.

D’une part, les restrictions des libertés peuvent nuire à la qualité des relations civilo-militaires ; lorsqu’on sait déjà que les forces armées sont accusées d’exactions contre des civils dans le Sahel et ailleurs, même sans état d’urgence. Dès lors, plusieurs questions se posent, telles que: comment obtenir la collaboration d’une population désormais mise sous tutelle militaire ? Comment concilier la quête de la sécurité et l’Etat de droit ? Comment éviter que l’état d’urgence ne sécrète pas d’autres types de conflictualités ?

Les exemples de Boko Haram au Nigeria et des rebellions touaregs au Niger et au Mali nous enseignent que la mauvaise gestion militaire des crises sécuritaires entraine, à leur corps défendant, plusieurs citoyens dans le maquis. U

ne mauvaise réponse militaire peut être en elle-même un facteur de radicalisation.

D’autre part, le fait même de décréter l’état d’urgence, c’est-à-dire de restreindre les libertés des citoyens, est en soi une victoire pour les terroristes. Le triomphe de l’ennemi tient en sa capacité à changer notre mode de vie, à nous amener à sacrifier nos habitudes, nos libertés si chèrement acquises.

C’est là où réside le paradoxe de cette mesure exceptionnelle : tout en étant inévitable et salutaire, elle achève de nous convaincre que plus rien n’est désormais comme avant…»

 Abdoul Karim Saidou

Enseignant-chercheur à I'Université Ouaga 2

Chargé de Programme à Institut général garango

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